Laura Berent

39.

In Cent fois on novembre 10, 2009 at 8:12

Il pleut sur Margaux, une pluie fine et odorante, elle sent le pin frais de la forêt, elle sent le miel, elle sent l’été. Et Margaux danse sous la pluie fine, et elle s’éclabousse en sautant dans les flaques d’eau, à pieds joints, et elle adore même si elle est toute mouillée et qu’elle commence à grelotter dans ce petit sentier qu’elle avait emprunté juste pour flâner. Et le tonnerre qui gronde, et le ciel qui se déchire en deux, et la route encore si longue, et la pluie de plus en plus intense. Et les flaques qui deviennent des lacs qu’elle n’arrive plus à enjamber, et le ciel qui gronde encore, et la lumière qui frappe le sol. Elle a peur et regarde le ciel se déchirer en trois tandis que la foudre frappe encore une fois.

38.

In Cent fois on octobre 31, 2009 at 9:32

452 pas, 85 marches descendant sous la terre, 180 pas. 62 marches pour remonter vers la lumière puis encore compter 166 pas. Ce trajet, elle l’emprunte chaque jour pour se rendre au travail, mal payé mais si près de chez elle, ça compense. Margaux répond au téléphone. Service après vente, bonjour. Les gens ne sont jamais contents mais elle s’en moque. C’est juste un job. Consulter sa montre, 16 heures, pressée d’en finir. Dehors, entreprendre le chemin en sens inverse. La pluie tombe serrée. 166 pas. Les marches sont glissantes. Elle chancelle et tombe sans parvenir à se rattraper. 14, 22, 35, 48, 55 et puis la dernière, son corps disloqué échoué sous la terre, inanimé au pied des escaliers.

37.

In Cent fois on octobre 27, 2009 at 6:31

La table de la cuisine est ronde, recouverte d’une nappe en plastique orange. Dessus, il y a juste une petite boîte en métal, ronde elle aussi, remplie de biscuits, les sablés de sa grand-mère que Margaux adore. Devant, une feuille de papier lignée, arrachée à un cahier à spirales. Il y est inscrit à l’encre noire : “Mangez –moi”. Le couvercle fait clac quand elle l’enlève, de jolis biscuits à la courbe parfaite qu’elle entreprend de déguster. Dans un premier temps, elle ne réalise pas qu’à chaque bouchée, elle rétrécit à vue d’œil. De plus en petite, jusqu’à atteindre la taille d’une souris. La porte claque, d’énormes pieds avancent droit vers elle. La bouche encore pleine de sablé, elle périt écrasée.